Entre le buzzer et Scopa Fortuna, j’ai commencé deux autres projets. Ils ont le même point commun : ils n’existent pas.
Le premier, le 14 février, était un bot Telegram pour automatiser la vente de vêtements sur Vinted. J’avais une spécification de cinquante-cinq pages. Le second, le 26 février, était une plateforme de tournois esport amateur, avec classement persistant, un document de produit de vingt pages, une architecture, un espace de travail à plusieurs paquets. Un commit, et puis plus rien.
Ce que je croyais
Que plus le cadrage est complet, plus la construction est sûre. C’est une conviction de mon ancien métier : on ne lance pas un projet sans brief, sans exigences, sans risques listés. J’avais trouvé un gabarit de projet pour l’outil, très complet, avec quatorze agents spécialisés et huit phases, de la découverte au lancement. Il transformait n’importe quelle idée en dossier de projet en une heure.
Pour le bot Vinted, la phase de découverte est passée à cent pour cent le premier jour. Dix-huit histoires utilisateur, soixante-dix exigences. La phase de planification est restée à zéro.
Ce que c’était
Deux causes, différentes.
Le bot Vinted est mort parce que la découverte a découvert quelque chose : Vinted n’a pas d’interface pour ce que je voulais faire, et le contourner voulait dire jouer contre la plateforme. La documentation l’a montré clairement. C’est un bon résultat, en un sens ; c’est juste que je n’avais pas besoin de cinquante-cinq pages pour l’apprendre, et que le gabarit m’a fait passer une journée à structurer un projet avant de me poser la seule question qui comptait.
La plateforme esport est morte parce qu’elle était trop grande pour une personne et trop floue pour commencer. Le document de produit était beau. Il décrivait une fédération sportive pour l’esport amateur. Il ne décrivait pas ce que je pourrais mettre en ligne le vendredi. Scopa Fortuna, lancé le 18 février avec le même gabarit, a marché parce que le document de conception disait exactement quoi construire, dans quel ordre, et que je pouvais jouer le premier soir.
Ce que j’en retiens
Le gabarit n’était pas en cause. Il fait bien ce qu’il fait : produire de la documentation. Le problème, c’est que produire de la documentation est devenu si facile qu’on peut en faire des centaines de pages sans avoir pris une seule décision. Avant, écrire cinquante-cinq pages coûtait assez cher pour qu’on se demande si c’était utile. Plus maintenant.
Depuis, je me pose une question avant tout dossier de projet : qu’est-ce que je peux mettre entre les mains de quelqu’un ce soir ? Si la réponse est « rien, il faut d’abord cadrer », je cadre à la main, sur une page. Si la réponse est « un truc moche mais qui marche », je construis, et le dossier attend.
Documenter un projet ne coûte plus rien. Ce qui coûte encore, c’est décider.
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