Le 20 février, la version 0.7.0 de Scopa Fortuna était jouable de bout en bout. Elle était aussi pleine de petites choses fausses : un bouton qui chevauchait un autre sur mobile, un score de manche toujours à zéro, une carte spéciale qui perdait son visuel après avoir été jouée, un texte coupé dans le guide. Rien de bloquant. Tout agaçant.
Je jouais sur mon téléphone, dans le canapé, et je n’avais aucune envie de m’arrêter à chaque défaut pour ouvrir un éditeur.
Ce que je croyais
Que la relecture devait se faire au bureau, devant le code, en corrigeant au fil de l’eau. C’est comme ça que j’ai toujours vu faire : on teste, on trouve, on corrige, on reteste. Une boucle courte, mais qui interrompt le jeu toutes les deux minutes, et qui ne permet jamais de voir le jeu comme un joueur le voit.
Ce que c’était
J’ai fini par faire l’inverse. Jouer sans rien corriger, et tout noter.
Des notes vocales, dictées en jouant : « l’amélioration plus un du Mago force la capture directe alors qu’elle devrait laisser le choix », « la Torre ne se rejoue pas », « le Re avec plus un devrait capturer pour onze ». Et des captures d’écran, systématiques, écran par écran : trente et une sur mobile en portrait, vingt-neuf sur ordinateur en paysage.
Puis j’ai donné tout ça à l’outil, avec une consigne : en faire des tickets autonomes, compréhensibles sans contexte, chacun avec le comportement constaté et le comportement attendu, classés par gravité. Il en est sorti soixante-dix, en quatre fichiers, numérotés BUG, IMP, MOY, MIN.
### BUG-03 · L'upgrade +1 n'augmente pas la valeur de capture au-delà de 10
Comportement actuel : la valeur de capture reste à 10 malgré l'upgrade.
Comportement attendu : un Re +1 capture pour 11, donc peut prendre 9 + 2.
Le 23 février, ces tickets ont été traités en trois sprints dans la journée : neuf bugs, dix améliorations, puis le reste. Sept commits. La version 0.7.1 est sortie le soir, la 0.7.3 le lendemain, et le jeu est parti sur itch.io.
Ce que j’en retiens
Le ticket bien écrit a toujours été la monnaie d’échange entre celui qui voit le problème et celui qui le corrige. Ce qui a changé, c’est que celui qui corrige n’a plus besoin qu’on lui explique deux fois, et qu’il ne se fatigue pas au soixante-dixième. Le coût de la correction a baissé ; le coût de bien décrire, non. Il est même devenu le poste principal.
La partie que je n’avais pas anticipée, c’est ce que la méthode fait au jeu lui-même. Jouer une heure sans s’arrêter, c’est la seule façon de sentir qu’un acte est trop facile ou qu’une boutique arrive trop tôt. Ces remarques-là ne sont dans aucun ticket. Elles ont pourtant changé plus de choses que les soixante-dix autres.
Jouer sans corriger, puis corriger sans jouer. Les deux à la fois, on ne fait bien ni l’un ni l’autre.
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